top of page

La charge mentale dans les couples : au-delà des tâches ménagères

  • Photo du rédacteur: Candice Verbist
    Candice Verbist
  • il y a 1 jour
  • 3 min de lecture

Depuis quelques années, le terme "charge mentale" s’est installé dans notre vocabulaire. C’est une avancée importante : enfin, on nomme ce poids invisible que beaucoup de femmes (et plus rarement des hommes) portent au quotidien. Pourtant, en consultation de couple, je constate que le concept reste souvent réduit à la seule question des tâches ménagères. Or, il est bien plus vaste, plus insidieux, et surtout plus profond.


Lorsque je reçois des couples dans mon cabinet, la question de l’équilibre des rôles revient très souvent. Pas seulement sur qui passe l’aspirateur ou prépare les repas, mais sur qui pense à inscrire les enfants à la piscine, à acheter le cadeau pour l’anniversaire de belle-maman, à réserver les vaccins, à gérer les émotions de chacun en fin de journée. Il y a une forme d’inégalité cognitive et affective qui épuise.


Une responsabilité diffuse mais constante


La charge mentale n’est pas une liste de choses à faire. C’est le fait de devoir y penser. De porter en permanence dans un coin de sa tête l’organisation familiale, logistique, émotionnelle. C’est d’avoir un cerveau toujours en alerte, même quand on ne fait rien.

J’ai accompagné une femme qui disait : « Mon compagnon est très présent, il fait les courses, il cuisine, mais je suis la seule à penser à tout ce qu’il faut anticiper. Je suis son logiciel de gestion. » Cette métaphore est restée. Elle traduit bien le fait que la charge mentale ne se voit pas, ne se mesure pas, mais se vit comme une sollicitation constante.


Et ce qui est frappant, c’est que cette charge n’est pas répartie uniquement par hasard. Elle est issue de modèles familiaux, culturels, de rapports de genre ancrés. Beaucoup de femmes ont grandi avec le sentiment qu’être une bonne compagne, une bonne mère, c’est penser à tout pour tout le monde. Et beaucoup d’hommes n’ont pas été socialisés à prendre en charge cette partie invisible du soin au quotidien.


Ce qu’on oublie souvent, c’est que la charge mentale ne se limite pas à l’agenda et aux to-do lists. Elle concerne aussi la charge émotionnelle. Dans de nombreux couples, l’un des deux partenaires devient la « plaque tournante » des émotions familiales : c’est lui ou elle qui gère les conflits entre les enfants, qui rassure, qui prévoit les moments de qualité à deux, qui s’inquiète pour le moral de l’autre.

Une patiente m’avait dit un jour : « Si je ne m’occupe pas du lien, il ne se passe rien. » Cette phrase m’a marquée. Elle disait là une fatigue profonde, celle de devoir être la garante de la relation. Elle exprimait aussi une solitude que je retrouve très souvent dans mes accompagnements.


Quand cette responsabilité est trop déséquilibrée, elle engendre de la rancœur, du retrait, une perte de désir. Le couple se désynchronise. Il ne s’agit pas d’ingratitude mais d’une usure progressive.


Sortir du déni, ouvrir le dialogue


Dans les thérapies de couple, j’invite souvent à poser les choses concrètement. Qui pense à quoi ? Qui organise quoi ? Qui s’occupe de quoi affectivement ? Ce travail de mise en mots est parfois inconfortable, surtout pour celui ou celle qui n’avait jamais réalisé le décalage.

Mais ce n’est pas un tribunal. Il ne s’agit pas d’accuser, mais de voir ensemble comment la relation peut être plus équilibrée. J’aime rappeler qu’un couple, c’est une équipe. Et dans une équipe, on peut répartir les responsabilités, se relayer, se soutenir.


Certains couples choisissent de se répartir les zones d’attention : l’un gère les aspects pratiques, l’autre les aspects relationnels. Cela peut fonctionner si c’est choisi, assumé, et non subi. L’important est que chacun se sente reconnu, investi, responsable de la dynamique commune.


Ce que je constate, c’est que quand la charge mentale est enfin nommée, quand elle sort de l’ombre, elle devient partageable. Elle cesse d’être un fardeau silencieux. Et souvent, cela redonne de l’espace au lien, du souffle, de la complicité.


La charge mentale ne disparaît pas d’un coup. Mais elle peut être allégée, ajustée, rediscutée régulièrement. Et surtout, elle peut devenir un levier de transformation pour les couples qui choisissent d’en faire un sujet, et non un impensé.

 
 

©2020 par Candice Verbist. Créé avec Wix.com

bottom of page